15 août 2008
King Kong theorie
Je ne pouvais pas ne pas parler de l'essai de Virginie Despentes dans ce blog. Dire que ce livre a bouleversé ma conception du féminisme n'est pas exagéré. Sur la route qui m'a conduit vers le féminisme j'avais croisé des ouvrages tels que Le corset invisible d'Eliette Abecassis et sur le coup je pensais que ce genre de bouquins servaient la cause féminine, naïve que j'étais.
Et puis j'ai découvert King Kong theorie, et tout a changé!
Je préfère vous en livrer quelques extraits, plutôt qu'une analyse personnelle qui risquerait d'être mal interprétée ou de dénaturer la force de ce texte:
"Depuis quelques temps en France, on n'arrête plus de se faire engueuler, rapport aux années 70. Et qu'on a fait fausse route, et qu'est ce qu'on a foutu avec la révolution sexuelle, et qu'on se prend pour des hommes ou quoi, et qu'avec nos conneries on se demande où est passée la bonne vieille virilité, celle de papa et du grand-père, ces hommes qui savaient mourir à la guerre et de conduire un foyer avec une saine autorité. Et la loi derrière lui. On se fait engueuler parce que les hommes ont peur. Comme si on y était pour quelque chose. C'est tout de même épatant et pour le moins moderne, un dominant qui vient chialer que le dominé n'y met pas assez du sien..."
"Jamais aucune société n'a exigé autant de preuves de soumissions aux diktats esthétiques, autant de modifications corporelles pour féminiser un corps. En même temps que jamais une société n'a permis la libre circulation corporelle et intellectuelle des femmes. Le sur-marquage en féminité ressemble à une excuse suite à la perte des prérogatives masculines, une façon de se rassurer, en les rassurant. "Soyons libérées mais pas trop. Nous voulons jouer le jeu, mais nous ne voulons pas des pouvoirs liés au phallus, nous ne voulons faire peur à personne."
"Dans le même ordre d'idée, la maternité est devenue l'expérience féminine incontournable, valorisée entre toutes : donner la vie, c'est fantastique. La propagande "pro-maternité" a rarement été aussi tapageuse. Foutage de gueule, méthode contemporaine et systématique de la double contrainte : "Faites des enfants, c'est fantastique vous vous sentirez plus femmes et plus accomplies que jamais" mais faites le dans une société en dégringolade , où le travail salarié est une condition de survie sociale, mais n'est garanti pour personne, et surtout pas pour les femmes. Enfantez dans les villes où le logement est précaire, où l'école démissionne, où les enfants sont soumis aux agressions mentales les plus vicieuses, via la pub, la télé, internet, les marchands de soda et confrères. Sans enfant, pas de bonheur féminin, mais élever des gamins dans des conditions décentes sera quasi-impossible. Il faut, de toutes façons que les femmes se sentent en échec. Quoi qu'elles entreprennent, on doit pouvoir leur démontrer qu'elles s'y sont mal prises."
"Les hommes dénoncent avec virulence injustices sociales ou raciales, mais se montrent indulgents et compréhensifs quand il s'agit de domination machiste. Ils sont nombreux à vouloir expliquer que le combat féministe est annexe, un sport de riches, sans pertinence ni urgence. Il faut être crétin ou salement malhonnête, pour trouver une oppression insupportable et juger l'autre pleine de poésie."
A propos du viol : "Car il faut être traumatisée d'un viol, il y a une série de marques visibles qu'il faut respecter : peur des hommes, de la nuit, de l'autonomie, dégoût du sexe et autres joyeusetés. On te le répète sur tous les tons : c'est grave, c'est un crime, les hommes qui t'aiment, s'ils le savent, ça va les rendre fous de douleur et de rage (c'est aussi un dialogue privé, le viol, où un homme déclare aux autres hommes : je baise vos femmes à l'arraché.) Mais le conseil le plus raisonnable, pour tout un tas de raisons, reste "garde ça pour toi". Etouffe, donc, entre les deux injonctions. Crève, salope, comme on dit. Alors le mot est évité. A cause de tout ce qu'il recouvre. Dans le camp des agressées, comme chez les agresseurs on tourne autour du terme. C'est un silence croisé."
Par rapport aux critiques de son film "Baise moi" : " "Papy intervient, ciseaux en main, et il va me la rectifier, ma bite mentale, il va s'en occuper des filles comme moi. Et de citer Renoir : "les films devraient être faits par de jolies femmes montrant de jolies choses". Ca me fera au moins une idée de titre. Sur le coup c'est tellement grotesque que je rigole. C'est par la suite que je change de ton, quand je réalise qu'on me tombe dessus de tous côtés en ne s'occupant que de ça : c'est une fille, une fille, une fille. J'ai une chatte en travers de la gueule."
"Etre complexée, voilà qui est féminin. Effacée. Bien écouter. Ne pas trop briller intellectuellement. Juste assez cultivée pour comprendre ce qu'un bellâtre a à raconter. Bavarder est féminin. Tout ce qui ne laisse pas de trace. Ce qui est domestique, se refait tous les jours, ne porte pas de nom. Pas les grands discours, les grands livres, pas les grandes choses. Les petites choses. Mignonnes. Féminines. Mais boire : viril. Avoir des potes : viril. Faire le pitre : viril. Gagner plein de thunes : viril. Avoir une grosse voiture : viril. Se tenir n'importe comment : viril. Ricaner en fumant des joints : viril. Avoir l'esprit de compétition : viril. Etre agressif : viril. Vouloir baiser avec plein de monde : viril. Répondre avec brutalité à quelque chose qui vous menace : viril. Ne pas prendre le temps de s'arranger le matin : viril. Porter des fringues parce qu'elles sont pratiques : viril. Tout ce qui est marrant à faire est viril, tout ce qui permet de survivre est viril, tout ce qui fait gagner du terrain est viril."
Après avoir parlé des femmes qui ont traversé l'histoire et ont vécu l'oppression des hommes : "D'où cette proposition simple : allez tous vous faire enculer, avec votre condescendance à notre endroit, vos singeries de force garantie par le collectif, de protection ponctuelle ou vos manipulations de victimes, pour qui l'émancipation féminine serait difficile à supporter. Ce qui est difficile c'est encore d'être une femme et d'endurer toutes vos conneries. Les avantages que vous tirez de notre oppression sont en définitive piégés. Quand vous défendez vos prérogatives de mâles, vous êtes comme des domestiques de grands hôtels qui se prennent pour les propriétaires des lieux... des larbins arrogants, et c'est tout."
"Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketing, pas une vague promotion de la fellation ou de l'échangisme, il n'est pas seulement question d'améliorer les salaires d'appoint. Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s'agit pas d'opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l'air. Sur ce, salut les filles, et meilleure route..."
Commentaires
waow je te prends un petit bout (ça t'embête pas?), ça me donne envie de le lire.
Merci pour les extraits et bonnes vacances ^^
Merci pour ces extraits : je me permets de les archiver et de les diffuser ! ;o)
Allez-y
Servez-vous mais ça fera 1 euro par phrase!
sale capitaliste va ^^
une fois que tu seras lavée je te pardonnerai ;)
propre capitaliste ça va ^^
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